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Article: Savoir-faire maroquinier : ce que le temps dépose | Cordiz

Savoir-faire maroquinier : ce que le temps dépose | Cordiz


Certaines femmes ont le temps pour matière. Elles apprennent lentement, regardent longtemps, et laissent ce qu’elles font, ou ce qu’elles sont, se révéler sans hâte. Elles acceptent que la matière garde la trace du geste, que le temps révèle. Chez Cordiz, maison de maroquinerie dont l’atelier est installé dans le Tarn depuis 1982, on retrouve six de ces femmes qui insufflent un peu de leur personnalité dans chaque création. Six manières d’être, de vivre et de créer qui inspirent l’univers Cordiz.

Eileen Gray
Une maison blanche posée sur les rochers, face à la mer. Eileen Gray l’a dessinée, construite, habitée, et pendant des décennies, d’autres ont signé à sa place. Elle aime comme elle travaille : librement, avec audace, en toute discrétion. Le temps a fini par lui rendre son nom. Il rend toujours ce qu’on lui confie.
« Une maison n’est pas une machine à habiter. C’est la carapace de l’homme, son prolongement, son émanation spirituelle. » Eileen Gray, L’Architecture vivante, 1929

Simone Weil
Agrégée de philosophie à vingt-deux ans, Simone Weil aurait pu ne jamais quitter les livres. Elle choisit l’usine, puis les vignes, pour éprouver de ses mains ce que d’autres vivent. Penser, pour elle, c’est d’abord se mettre à la place. Elle en garde une certitude : rien ne se fait bien sans attention. Dans un atelier artisanal, l’attention se sent, dans une couture qui tient, dans une tranche lissée, dans les détails qui façonnent nos maroquineries.
 « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. » Simone Weil, lettre à Joë Bousquet, 1942

Elsa Peretti
Un haricot, une goutte d’eau, un os. Ce que d’autres ne regardent pas, Elsa Peretti le regarde assez longtemps pour en retenir la forme juste. Elle n’orne pas la nature, elle l’épure. Ses bijoux se touchent avant de se voir. La manchette épouse l’os du poignet, le haricot tient dans la paume comme un galet poli par les marées. Chez elle, l’ordinaire devient précieux sans rien perdre de sa simplicité. Chez Cordiz, c’est ce regard qui guide la création de chacun de nos sacs en cuir.
« Le style, c’est d’être simple. » Elsa Peretti, WWD, 1976

Eileen Gray @Berenice Abbott
Simone Weil 
Elsa Peretti @Hiro 

 

Georgia O’Keeffe
Georgia O’Keeffe choisit le désert pour son isolement et sa lumière crue. Là où d’autres artistes vivent en colonie, elle reste à l’écart, et rien ne la distrait. Elle y ramasse des os blanchis, des pierres couleur de cuir, et peint une montagne pelée qu’elle appelle la sienne, été après été, jusqu’à s’y installer pour de bon. Son regard s’aiguise, et sous son pinceau, la terre la plus nue devient pétale. Un savoir-faire naît ainsi, d’un lieu, du temps, et du même geste répété jusqu’à la justesse.
« Voir prend du temps, comme avoir un ami prend du temps. » Georgia O’Keeffe, 1939

Peggy Kuiper
Elles nous regardent sans se laisser voir. Les femmes de la peintre néerlandaise Peggy Kuiper sont nues et masquées, énigmatiques, un peu sauvages : des portraits de souvenirs plus que de modèles. Elle les peint d’instinct, comme on dessine enfant, avant d’avoir appris ce qui est beau. Elle travaille par couches, efface, recouvre ; sous chaque visage, d’autres visages attendent. Il y a là quelque chose d’originel, un savoir du corps qui sait avant de comprendre. Le cuir garde ce savoir-là : il se patine à chaque saison.
« [Ma peinture] dit une vérité qui ne peut que se ressentir. » Peggy Kuiper, 1605 Magazine

Virginia Woolf
Une presse à bras, installée dans une salle à manger. En 1917, Virginia Woolf s’équipe pour imprimer elle-même ses livres : plus personne ne décidera à sa place de ce qu’elle peut publier. Elle y fait entrer ce qui dérange, ses propres gouffres transposés en fiction, la cause des femmes défendue sans prudence. Pour écrire, dit-elle, il faut d’abord tuer « l’ange du foyer », l’épouse docile et parfaite qu’on attend d’elle. Une femme a besoin d’argent et d’une chambre à soi. Pas d’une permission. Un sac à main a quelque chose de cette chambre : on y garde ce qui ne regarde que soi.
 « Verrouillez vos bibliothèques si vous voulez ; mais il n’y a ni grille, ni serrure, ni verrou que vous puissiez poser sur la liberté de mon esprit. » Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1929

Georgia O’Keeffe @Alfred Stieglitz
Peggy Kuiper 
Virginia Woolf @George Charles Beresford

Chez Cordiz, on croit qu’un objet ne ment pas. Il garde la trace de la main qui l’a fait, et du temps qu’on lui a donné. Les femmes qui inspirent Marina Dias, fondatrice de la maison, sont de cette matière-là : aucune ne cherche à paraître, toutes ont trouvé une manière d’être.

D’elles, la Maison garde une façon de regarder longtemps avant de choisir, de créer sans se presser, de vivre sans demander la permission. Celle qui porte Cordiz leur ressemble un peu. Le reste, c’est le temps qui le dépose, sur le cuir qui se patine et sur l’histoire que chacune y glisse.
Depuis la création de la marque en 1988, chaque sac Cordiz naît dans l’atelier familial de Graulhet, avec cette même essence. 



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